Article#8 - Quand les hommes rejoignent le tapis
- Marjorie Bogliaccino

- 12 mars
- 3 min de lecture

Depuis quelque temps, quelque chose me réjouit particulièrement dans mes cours :
le groupe est composé presque à parts égales d’hommes et de femmes.
Dans l’univers du yoga, où les pratiquantes restent encore largement majoritaires, cette mixité est encore assez rare.
Et pourtant, elle apporte une énergie très particulière dans la salle.
Observer cette évolution me confirme une chose :
le yoga est en train de sortir doucement des clichés occidentaux dans lesquels on l’a parfois enfermé.
Le yoga :
une image encore très féminine
En Occident, le yoga est souvent associé à une pratique douce, calme, parfois un peu contemplative.
Les images que l’on voit le plus souvent montrent majoritairement des femmes, souvent très souples, dans des postures élégantes.
Face à cela, beaucoup d’hommes pensent spontanément que le yoga n’est pas fait pour eux.
Certains imaginent qu’il faut déjà être souple.
D’autres pensent que la pratique ne sera pas assez physique ou qu’elle ne correspond pas à leur manière de bouger.
C’est assez paradoxal quand on sait que, historiquement, le yoga était majoritairement pratiqué par des hommes.
Ce que les hommes découvrent sur le tapis
Quand des hommes franchissent la porte d’un cours de yoga, c’est souvent avec des motivations très concrètes : améliorer leur mobilité et leur stabilité articulaire,
soulager certaines tensions, compléter une pratique sportive ou simplement prendre soin de leur corps, d'eux, différemment.
Et très vite, ils découvrent quelque chose d’inattendu.
Le yoga mobilise des zones du corps que l’on utilise peu dans les mouvements du quotidien ou dans beaucoup de pratiques sportives.
Les hanches, la colonne vertébrale ou les épaules deviennent soudain des territoires à explorer avec plus de précision.
Le travail demande de la concentration, du contrôle et de l’écoute.
Beaucoup réalisent rapidement que le yoga n’est pas si simple qu’il n’y paraît.
Une approche fonctionnelle pour un corps durable
Avec le temps, je me suis aussi posé une question :
cette mixité est-elle simplement le fruit du hasard ?
Peut-être pas complètement.
L’approche que j’enseigne accorde une place importante à la compréhension du mouvement et au fonctionnement du corps. Plutôt que de chercher à reproduire une posture parfaite, nous explorons ce que chaque mouvement vient réellement stimuler.
L’objectif n’est pas seulement de “réussir” une posture, mais de construire progressivement un corps qui dure — un corps stable, capable de bouger avec plus d’aisance et de traverser les années avec moins de douleurs.
Cette approche apporte aussi une forme de décomplexion dans la pratique.
Les postures que l’on voit sur les réseaux sont souvent très alignées et très esthétiques.
Mais chaque corps possède sa propre structure et ses propres amplitudes.
Plutôt que de copier une forme, nous cherchons la variation qui correspond le mieux au corps de chacun.
Deux personnes peuvent alors pratiquer une posture différemment tout en développant les mêmes qualités de mouvement.
La pratique devient alors un espace d’exploration, où l’on apprend progressivement à bouger avec plus d’intelligence et de liberté.
La richesse d’un groupe mixte
Dans un groupe mixte, les approches du mouvement peuvent être différentes, et c’est précisément ce qui rend la pratique intéressante, ce qui me challenge chaque semaine dans la préparation de mes cours aussi.
Certains élèves aiment comprendre la mécanique des postures, analyser les mouvements, décortiquer le fonctionnement des articulations.
D’autres entrent davantage dans la pratique par le ressenti, la respiration ou la fluidité du mouvement.
Ces différentes façons d’aborder le yoga se complètent naturellement et enrichissent l’expérience collective.
Une évolution réjouissante
Ce qui me ravie, c’est le profil des hommes qui rejoignent mes cours.
Ce sont des hommes respectueux, attentifs et curieux.
Des hommes qui ne viennent pas pour prouver quelque chose, mais pour explorer et comprendre leur corps.
Sur le tapis, les différences s’effacent rapidement.
Il reste simplement l’essentiel :
respirer, bouger, explorer et apprendre,
séance après séance, à mieux habiter son corps.
Le but n’est pas de faire entrer votre corps dans une posture, mais d’adapter
la posture à votre corps.
Ce qui me touche le plus, c’est la convivialité qui s’en dégage :
chacun se respecte, partage et avance à son rythme.
Je remercie sincèrement toutes les personnes qui me font confiance et qui viennent pratiquer avec curiosité, régularité et ouverture d’esprit.
C’est grâce à eux que cet espace vivant et accueillant existe.



Commentaires